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Des « révoltes indiennes » aux « émeutes autochtones »

Colloque - Jeudi 09 mars 2017 - 09:30Le terme de « révolte » ou de « rébellion » a souvent prévalu pour qualifier de manière indistincte toutes sortes de soulèvements des populations indiennes dans le contexte de la colonisation européenne – espagnole, portugaise, française ou britannique – ou, une fois acquise l’indépendance des anciennes colonies américaines, dans des cadres (souvent) républicains. Cette catégorie de la révolte est aussi prégnante dans les sources coloniales qu’elle est omniprésente dans l’historiographie relative aux populations amérindiennes, au point de constituer presque un genre à part entière.Une telle grille de lecture est cependant loin d’aller de soi :  elle semble d’abord présupposer la soumission initiale des autochtones aux autorités coloniales ; elle empêche, en plaquant sur des pratiques amérindiennes la grille de lecture des Etats colonisateurs, de s’interroger sur les vrais fondements de ce qu’il convient peut-être d’appeler, de façon plus neutre, des guerres ; la catégorie générique de « révolte », enfin, nivelle en les subsumant des formes de soulèvements qui n’ont en commun, du point de vue colonial, que de contrevenir à la loi et à l’ordre.A l’époque contemporaine, de la même façon, les mouvements de protestation ou de revendication des communautés amérindiennes – contre l’usurpation de leurs terres, les abus de compagnies forestières, les ravages de l’extractivisme minier, de la culture intensive de soja ou de l’exploitation touristique – sont taxés avec une remarquable régularité d’« émeutes », lorsque leur lutte n’est pas tout simplement assimilée à du « terrorisme ». Dans ce cas également, c’est toute la spécificité et la légitimité politiques de chacun de ces mouvements revendicatifs qui apparaissent niées. Ravalés au rang indistinct de la délinquance, ils sont le plus souvent mis sur le compte des « qualités » innées de populations catégorisées comme rétives au progrès, à la civilisation et au développement économique. Cette criminalisation, conjuguée à la racialisation de toute revendication provenant de communautés autochtones, a pour effet là encore de rendre invisible et fondamentalement irrecevable ce qui constituait le fondement des actions incriminées.L’objectif de la réflexion collective et comparatiste que nous voudrions mener dans le cadre de ce colloque serait donc de tenter d’aller au-delà des grilles d’analyses qui informent traditionnellement ces « révoltes » et ces « émeutes ». Il s’agit de déconstruire des catégorisations pour mieux reconstruire les logiques politiques et culturelles qui présidaient aux mouvements que ces catégories condamnent d’emblée et interdisent de penser de façon autonome.Comité d’organisation Christophe Giudicelli (Université Rennes 2 / CREDA - UMR 7227-CHACAL), Gilles Havard (CNRS-CENA/Mondes Américains - UMR 8168), Gilles Rivière (EHESS-CERMA/Mondes Américains -UMR 8168)

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