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Formation et transformation des sociétés nouvelles en situation coloniale aux Amériques du XVIe au XVIIIe siècle

Colloque - Lundi 18 décembre 2017 - 09:00À la recherche de nouvelles routes maritimes vers l’Asie, les Européens découvrirent, à la fin du XVe siècle, ce qui s’avéra être, à leurs yeux, un continent inconnu à l’ouest de l’Atlantique. Alors que dans le reste du monde, en Afrique et en Asie, la présence européenne se réduisit essentiellement à un archipel de comptoirs de commerce avant le XIXe siècle, l’effondrement démographique que les populations amérindiennes nouvellement découvertes subirent du fait des agents pathogènes amenés par les Européens facilita la conquête et la colonisation d’une grande partie des Amériques dès le XVIe siècle. Les Ibériques, rejoints par les Européens du Nord-Ouest à partir du XVIIe siècle, entreprirent d’exploiter les populations et les territoires américains à leur profit. L’épicentre de l’impérialisme et du colonialisme européen à la période moderne se trouvait au Nouveau Monde. La chute massive des populations autochtones et la relative faiblesse des migrations européennes conduisirent aussi les puissances impériales européennes à organiser l’une des plus grandes migrations forcées de l’histoire de l’humanité en déportant environ 8,6 millions d’esclaves depuis l’Afrique entre le début du XVIe et la fin du XVIIIe siècle. De Terre Neuve à la Patagonie, des sociétés nouvelles se formèrent, qui réunissaient des populations d’origines amérindiennes, européennes et africaines selon des proportions diverses. Une situation coloniale liait, dans un rapport antagoniste, les différentes composantes de ces sociétés fortement multiethniques. Selon la définition proposée par le sociologue africaniste Georges Balandier, toute situation coloniale se caractérise par un projet de domination et d’exploitation que des colonisateurs venus de l’extérieur tentent d’imposer à des populations locales et qu’ils légitiment en proclamant leur supériorité ethnique et/ou raciale. La singularité de la situation coloniale aux Amériques reposait toutefois sur le fait que ceux que les Européens cherchaient à coloniser n’étaient pas seulement ou principalement des autochtones, mais également des esclaves transportés de force depuis les côtes africaines. Les sociétés nouvelles qui se formèrent d’un bout à l’autre de l’hémisphère occidental au cours de la période moderne étaient ainsi les fruits hybrides de l’impérialisme, du colonialisme et de l’esclavagisme dans des combinaisons diverses et changeantes.Alors que ces sociétés nouvelles en situation coloniale furent sujettes aux mêmes processus historiques malgré des variations temporelles et spatiales, elles sont rarement étudiées ensemble en raison des barrières historiographiques persistantes entre les différentes histoires impériales ou nationales. De fait, il est difficile de travailler à l’échelle de l’hémisphère occidental sur plus de trois siècles à titre individuel. C’est pourquoi, spécialistes francophones de l’Amérique du Nord, de l’Amérique latine et de la Caraïbe, nous nous réunissons régulièrement depuis de longues années afin de vérifier comment les hypothèses que nous formulons à partir de nos objets et terrains particuliers résistent ou sont transformées lorsqu’elles sont testées dans d’autres régions américaines sur la longue durée. Si nous appartenons à divers laboratoires américanistes ou généralistes situés à Paris, en province dans l’hexagone, en Martinique et même hors de France, notre projet est porté principalement par l’unité mixte de recherche Mondes Américains. Après avoir publié un premier volume collectif de nature historiographique, nous nous sommes attelés à un essai collectif qui analyse les dynamiques sociales propres à la situation coloniale américaine. Nous ne souhaitons pas produire un état de l’art ou une synthèse, mais proposer une interprétation renouvelée des processus de formation et de transformation des sociétés nouvelles en situation coloniale aux Amériques qui puisse susciter de nouvelles recherches. Plutôt que de juxtaposer les études de cas sur les différentes sociétés américaines, nous avons aussi cherché à travailler dans une perspective véritablement transaméricaine. À cette fin, nous avons choisi huit concepts ou couples de concepts qui nous sont apparus comme autant de clés d’entrée pour comprendre les spécificités de ces sociétés américaines nouvelles par rapport aux sociétés européennes, amérindiennes et africaines dont elles étaient issues sans pour autant minorer les différences qui existaient entre elles. Ces (couples de) concepts ont donné lieu à autant de chapitres dans l’essai collectif : migration et mobilité ; travail ; marché ; territoire et propriété ; famille ; religieux ; droit et justice ; ordre social. Rédigés, pour la plupart, par deux ou trois spécialistes de différentes régions américaines, les chapitres ont ensuite été discutés collectivement, puis réécrits, cette démarche ayant été répétée plusieurs fois. Nous souhaitons maintenant soumettre notre travail à des regards extérieurs aux membres de l’équipe, auprès de chercheurs en poste à l’étranger, avant de finaliser le manuscrit et de le remettre à l’éditeur.Les chapitres pré-circuleront avant le colloque. Ils seront disponibles en ligne, en accès restreint, à partir du 1er novembre 2017. Lors du colloque, chaque séance se déroulera de la manière suivante : les auteurs commenceront par résumer le contenu de leur chapitre en 15 minutes ; le chapitre sera ensuite commenté en 30 minutes ; une discussion générale d’1h15 achèvera la séance. La manifestation se déroulera en français. Le colloque est soutenu par Mondes Américains – UMR-8168 (EHESS et CNRS), dont le Centre d’études nord-américaines (CENA, EHESS) et le Centre de recherches sur le Brésil colonial et contemporain (CRBC, EHESS), l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), la FMSH, l’IUF (Université de Picardie Jules Vernes), STARACO (Programme « Statuts, Races et Couleurs dans l’Atlantique de l’Antiquité à nos jours »), AIHP-GEODE (Université des Antilles), le Centre Roland Mousnier – UMR 8596, le Laboratoire « Identités, Cultures, Territoires » (ICT, Université Paris-Diderot) et le CRIHAM (Université de Limoges).

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Le chiffre et la carte

Colloque - Jeudi 21 septembre 2017 - 09:30Le chiffre (le recensement, les enquêtes statistiques, les données, les artefacts comme le taux de chômage ou l’indice des prix) et la carte (les descriptions géographiques, les différents types de cartes, géologiques, topographiques, etc., leur soubassement foncier) sont deux des technologies dont parle Benedict Anderson dans son célèbre Imagined Communities et qui, avec le musée, ont contribué à forger l’imaginaire national. Ces deux technologies ont rarement été analysées parallèlement ou conjointement. C’est ce que nous tenterons de faire durant ce colloque qui réunit des spécialistes de sociohistoire de la quantification et de cartographie historique provenant d’Amérique latine, d’Amérique du nord et d’Europe.Centré autour de trois ateliers consacrés à l’Amérique latine, le colloque permettra de montrer l’énorme développement de la recherche sur l’Amérique latine du point de vue du rôle du chiffre et de la carte. Il mettra aussi en parallèle cette production avec celle des spécialistes d’autres aires géographiques, l’Amérique du nord, l’Europe et l’Afrique. De plus, ce colloque fera communiquer divers savoirs (politologique, sociologique, démographique, historique, etc.) et dialoguer différentes générations de spécialistes de l’histoire de la raison statistique et cartographique.Objectifs du colloqueLes réseaux latino-américain et européen ont eu peu d’occasions d’entrer en relation. L’un des objectifs du colloque est précisément de connecter les réseaux continentaux ou subcontinentaux de chercheurs travaillant sur le chiffre et la carte. Et de le faire depuis le Canada. Les chercheurs d’ici ont en effet déjà joué un rôle non négligeable dans le début d’une structuration d’un réseau mondial à tout le moins sur la thématique du chiffre et ont contribué à faire connaître, par exemple, l’originalité de l’expériencestatistique canadienne.Inscription obligatoireLes places sont limitées.INFO : cirst@uqam.caOrganisé en partenariat avec :Université du Québec à Montréal (UQAM) – dont le Rectorat et le vice-rectorat à la recherche et à la création, la Faculté de science politique et de droit (FSPD), le Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST), l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM), le Service des relations internationales de l’UQAM, et le Département de science politique, la chaire de recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences–, le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), Mondes Américains, le CRH, et l'EHESS.

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Le chiffre et la carte

Colloque - Jeudi 21 septembre 2017 - 09:30Le chiffre (le recensement, les enquêtes statistiques, les données, les artefacts comme le taux de chômage ou l’indice des prix) et la carte (les descriptions géographiques, les différents types de cartes, géologiques, topographiques, etc., leur soubassement foncier) sont deux des technologies dont parle Benedict Anderson dans son célèbre Imagined Communities et qui, avec le musée, ont contribué à forger l’imaginaire national. Ces deux technologies ont rarement été analysées parallèlement ou conjointement. C’est ce que nous tenterons de faire durant ce colloque qui réunit des spécialistes de sociohistoire de la quantification et de cartographie historique provenant d’Amérique latine, d’Amérique du nord et d’Europe.Centré autour de trois ateliers consacrés à l’Amérique latine, le colloque permettra de montrer l’énorme développement de la recherche sur l’Amérique latine du point de vue du rôle du chiffre et de la carte. Il mettra aussi en parallèle cette production avec celle des spécialistes d’autres aires géographiques, l’Amérique du nord, l’Europe et l’Afrique. De plus, ce colloque fera communiquer divers savoirs (politologique, sociologique, démographique, historique, etc.) et dialoguer différentes générations de spécialistes de l’histoire de la raison statistique et cartographique.Objectifs du colloqueLes réseaux latino-américain et européen ont eu peu d’occasions d’entrer en relation. L’un des objectifs du colloque est précisément de connecter les réseaux continentaux ou subcontinentaux de chercheurs travaillant sur le chiffre et la carte. Et de le faire depuis le Canada. Les chercheurs d’ici ont en effet déjà joué un rôle non négligeable dans le début d’une structuration d’un réseau mondial à tout le moins sur la thématique du chiffre et ont contribué à faire connaître, par exemple, l’originalité de l’expériencestatistique canadienne.Inscription obligatoireLes places sont limitées.INFO : cirst@uqam.caOrganisé en partenariat avec :Université du Québec à Montréal (UQAM) – dont le Rectorat et le vice-rectorat à la recherche et à la création, la Faculté de science politique et de droit (FSPD), le Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST), l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM), le Service des relations internationales de l’UQAM, et le Département de science politique, la chaire de recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences–, le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), Mondes Américains, le CRH, et l'EHESS.

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Des « révoltes indiennes » aux « émeutes autochtones »

Colloque - Jeudi 09 mars 2017 - 09:30Le terme de « révolte » ou de « rébellion » a souvent prévalu pour qualifier de manière indistincte toutes sortes de soulèvements des populations indiennes dans le contexte de la colonisation européenne – espagnole, portugaise, française ou britannique – ou, une fois acquise l’indépendance des anciennes colonies américaines, dans des cadres (souvent) républicains. Cette catégorie de la révolte est aussi prégnante dans les sources coloniales qu’elle est omniprésente dans l’historiographie relative aux populations amérindiennes, au point de constituer presque un genre à part entière.Une telle grille de lecture est cependant loin d’aller de soi :  elle semble d’abord présupposer la soumission initiale des autochtones aux autorités coloniales ; elle empêche, en plaquant sur des pratiques amérindiennes la grille de lecture des Etats colonisateurs, de s’interroger sur les vrais fondements de ce qu’il convient peut-être d’appeler, de façon plus neutre, des guerres ; la catégorie générique de « révolte », enfin, nivelle en les subsumant des formes de soulèvements qui n’ont en commun, du point de vue colonial, que de contrevenir à la loi et à l’ordre.A l’époque contemporaine, de la même façon, les mouvements de protestation ou de revendication des communautés amérindiennes – contre l’usurpation de leurs terres, les abus de compagnies forestières, les ravages de l’extractivisme minier, de la culture intensive de soja ou de l’exploitation touristique – sont taxés avec une remarquable régularité d’« émeutes », lorsque leur lutte n’est pas tout simplement assimilée à du « terrorisme ». Dans ce cas également, c’est toute la spécificité et la légitimité politiques de chacun de ces mouvements revendicatifs qui apparaissent niées. Ravalés au rang indistinct de la délinquance, ils sont le plus souvent mis sur le compte des « qualités » innées de populations catégorisées comme rétives au progrès, à la civilisation et au développement économique. Cette criminalisation, conjuguée à la racialisation de toute revendication provenant de communautés autochtones, a pour effet là encore de rendre invisible et fondamentalement irrecevable ce qui constituait le fondement des actions incriminées.L’objectif de la réflexion collective et comparatiste que nous voudrions mener dans le cadre de ce colloque serait donc de tenter d’aller au-delà des grilles d’analyses qui informent traditionnellement ces « révoltes » et ces « émeutes ». Il s’agit de déconstruire des catégorisations pour mieux reconstruire les logiques politiques et culturelles qui présidaient aux mouvements que ces catégories condamnent d’emblée et interdisent de penser de façon autonome.Comité d’organisation Christophe Giudicelli (Université Rennes 2 / CREDA - UMR 7227-CHACAL), Gilles Havard (CNRS-CENA/Mondes Américains - UMR 8168), Gilles Rivière (EHESS-CERMA/Mondes Américains -UMR 8168)

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Les origines océaniques des révolutions atlantiques

École d'été - Lundi 04 juin 2018 - 10:00Ce séminaire d'été de cinq jours, qui réunit des spécialistes travaillant à la fois sur l'Atlantique nord et sud et sur l'Ancien et le Nouveau Monde, part d'une hypothèse centrale selon laquelle les pratiques politiques présentes sur les différentes rives (...)(...)

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Les pratiques et le local dans les mondes américains

Journée(s) d'étude - Vendredi 18 mai 2018 - 09:00Lors de deux précédentes éditions (2012 et 2014), les journées d’études organisées par les doctorant.e.s de Mondes Américains avaient interrogé la perspective hémisphérique, un des fondements scientifiques de notre laboratoire. Cette nouvelle jour (...)(...)

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Le Prix Lionel-Groulx remis à Gilles Havard pour son livre Histoire des coureurs de bois. Amérique du Nord, 1600-1840 (Les Indes Savantes, 2016)

Prix et distinctions -Gilles Havard a reçu le 20 octobre 2017 à Montréal le Prix Lionel-Groulx pour son livre Histoire des coureurs de bois. Amérique du Nord, 1600-1840 (Les Indes Savantes, 2016).Le prix Lionel-Groulx, décerné par l’Institut d’histoire de l’Amérique française, récompense « le me (...)(...)

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