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Emmanuelle Perez-Tisserant

Emmanuelle Perez
Docteur(e)

Emmanuelle Perez vient de soutenir sa thèse de doctorat en histoire intitulée « Nuestra California : Faire Californie entre deux constructions nationales et impériales (v. 1810-1850) ». Cette thèse, dirigée par François Weil, a été soutenue le 29 novembre 2014, et sera bientôt disponible sur le site des thèses en ligne de l'EHESS. Elle fait l'objet d'un travail de remaniement en vue de sa publication sous forme d'ouvrage.

Il s'agit de comprendre comment la Californie devient un projet politique après l'indépendance du Mexique en 1821, à la fois du fait de l'action du gouvernement mexicain ou de ses agents et d'un processus de politisation effectué sur place, processus dont tiennent compte et héritent les États-Unis en 1848. Ce travail se veut donc une réflexion sur la politisation, la construction spatiale et territoriale des nouveaux États et les formes de nationalisme qui se développent de ce fait (voir le résumé ci-dessous).

Emmanuelle Perez est ATER à l'Université Rennes 2 pour l'année universitaire 2014-2015.

Ses projets de recherche s'inscrivent dans une histoire transethnique, transimpériale et transnationale de l'Amérique du Nord aux 18e et 19e siècle. Ce projet se développe selon plusieurs axes :

- Une histoire comparée des jeunes États-Unis et du jeune Mexique, notamment dans leur gestion de leur territoire par la fédération et les frontières. Elle s'intéresse aussi à la culture politique qui se développe dans les deux pays, particulièrement sur ces frontières communes : l'Ouest et le Sud-Ouest étatsuniens, le Nord mexicain. Cela inclut notamment la perspective territoriale des colons de ces frontières, dont les relations avec les voisins ou les projets de développements propres voire autonomistes.

- Une histoire tournée vers le Pacifique : rôle du Pacifique dans les dynamiques territoriales, politiques et économiques des Amériques après les indépendances. Cela comprend les convoitises et rivalité sur la côte Pacifique, mais aussi la mise en place d'un monde commun de développement et de colonisation, notamment entre la Grande Bretagne, la France et les États-Unis ; La question du Mexique et de l'Espagne dans le Pacifique après l'interruption du galion de Manille. Cette perspective Pacifique permet de repenser l'histoire territoriale du continent américain.

Elle travaille également à une biographie du personnage fictionnel de Zorro permettant d'éclairer à la fois la Californie du 20e siècle et celle du 19e siècle. Ce travail s'intègre à la charnière entre le travail de thèse sur la Californie mexicaine et la suite de ce travail portant sur la période après l'annexion en 1848. Il mettra en évidence la place de l'héritage espagnol et mexicain en Californie au tournant du 19e et du 20e siècle, le rôle de Los Angeles et Hollywood. Adressé à un public relativement large, le livre aura donc pour double objectif d'éclairer les lecteurs sur les Californies de Zorro, celle dont il est question dans ces fictions, et celles qui les produisent.

Emmanuelle Perez Tisserant a obtenu le prix de thèse 2015 de l'Institut des Amériques, ainsi que le prix Louis Forest/Thiessé de Rougemont 2015, prix solennel de la chancellerie.

 

Résumé de la thèse

Le cas de la Californie met en évidence le caractère impérial de la construction nationale du Mexique et des États-Unis au début du xixe siècle. Du point de vue du Mexique, malgré une volonté de rupture avec l'ordre colonial et d'harmonisation de tout le territoire, les frontières en général et la Californie en particulier sont vues comme des lieux d'exception. L'égalité des Indiens proclamée par l'indépendance s'y avère difficilement réalisable. « Mettre fin à l'ancien système » dans ces régions signifie mettre fin aux missions franciscaines et trouver d'autres moyens de les coloniser. Cependant, l'importance des missionnaires pour faire travailler les Indiens et empêcher les révoltes conduit le gouvernement à repousser la fin des missions. Les Amérindiens ont aussi leurs propres revendications sur une terre qu'ils considèrent comme leur. Les colons et soldats sont d'abord pour la plupart attachés au système tel qu'il est. Mais certains gouverneurs et d'autres intermédiaires orientent un certain nombre de jeunes gens vers une carrière publique et la conception de la Californie comme un projet politique fondé sur la souveraineté populaire puis la souveraineté des États. Se forme alors une élite locale prête à se révolter quand elle estime ses droits bafoués. Ces révoltes sont comparables aux révoltes fédéralistes au Mexique mais aussi à celles de colonies de peuplement dans les empires. La culture politique et les liens avec le Mexique évoluent aussi avec l'augmentation des circulations : à l'échelle régionale, le sud se rapproche du Mexique plus que le nord qui connaît une forte immigration de l'Oregon et de l'ouest des États-Unis. Du point de vue des États-Unis, l'espoir du consul à Monterey d'une demande d'annexion sans guerre est ruiné par l'initiative de migrants des années 1840, nourris des discours sur la « destinée manifeste », de défendre leurs droits à la terre et à une « vraie république » en Californie par l'attaque d'un poste de la frontière nord. Cette confrontation entre colons mexicains-californiens et migrants étatsuniens est celle de deux projets impériaux et nationaux sur un même territoire et illustre l'ambigüité de la revendication de souveraineté, de liberté et d'égalité sur un territoire conquis.

Curriculum Vitae

Jury de la thèse

• Mme Lisbeth Haas (professeure, Université de Santa Cruz)
• Mme Annick Lempérière (professeure, Université Panthéon-Sorbonne)
• Mme Marie-Jeanne Rossignol (professeure, Université Paris-Diderot)
• M. Clément Thibaud (maître de conférences, HDR, Université de Nantes)
• M. François Weil (directeur d'études à l'EHESS, directeur de la thèse)

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